-Pot sa-ti spun care sunt culorile norilor? Ghiozdanul aproape ca il invinge, dar baietelul nu se lasa, tragandu-l din cand in cand inapoi pe umeri. Cauta privirea mamei. Scapa un zambet timid. Nu stiu cum il cheama, dar eu i-as spune Andrei. Poate din cauza dintelui lipsa.
-Pot sa-ti spun care sunt culorile norilor?
-Spune-mi...
-Cand ploua, norii sunt gri. Uite! Sunt gri! Exact ca paltonul tau.Mama, paltonul tau e in-no-rat!
Si rade la o gluma pe care mama pare sa nu o fi inteles -zambeste incurcata.
-Cand ninge sunt albi, iar cand e senin sunt –Andrei o priveste cu coada ochiului si zambeste strengareste- galbeni!
-Da...
-Cum da?-se preface un pic suparat: Mama, nu asculti nimic din ce spun. Sau tu chiar nu stii?
Femeia il priveste zambind. Nu stie despre ce vorbeste baiatul, dar el o priveste amuzat: "Oare mama chiar nu stie ca atunci cand e senin nu sunt nori?"
Picaturile de apa se lovesc puternic de geam ca si cum ar vrea sa fuzioneze cu el. Dar geamul nu le primeste, iar picaturile curg, pentru ca in final sa dispara in acelasi geam rece.
-Uite mama! Ce magazin vesel! Spune baiatul aratand cu degetul, buticul din statia de tramvai. Mama il trage incet spre usa, in timp ce Andrei ii sopteste ceva. Nu aud ce zice, dar pot sa-mi imaginez ca o roaga sa ii cumpere o carte de colorat. O carte cu nori.
Se pare ca nu sunt singura care l-a placut pe baietel. Doua femei chicotesc in spatele meu:
-Dragalas. Imi aminteste de...
Femeile coboara.
Pe aceeasi usa urca un barbat cu o vioara. Tramvaiul porneste, barbatul incepe sa cante. Tramvaiul scartaie, scartaitul vioarei il acopera. E aceeasi melodie. Aceeasi din fiecare zi. Barbatul cu vioara urca in fiecare zi la aceeasi statie, canta aceeasi melodie si coboara. Barbatul cu vioara are lacrimi in ochi atunci cand canta. Nu-l aude nimeni; face parte din peisajul cotidian, asemeni unui obiect a carui utilitate n-o vede nimeni. Cine mai are nevoie de un om cu o vioara in orasul asta? Barbatul cu vioara coboara acum.
Oare cum arata?...
Nu conteaza, maine o sa-l vad iar.
Ecoul vioarei rasuna inca. Pana cand privirile se indreapta catre articulatia tramvaiului, unde este... barbatul cu telefonul. Barbatul cu telefonul vorbeste tare. Barbatul cu telefonul sterge imaginile create de calatori pe geamurile ude ale tramvaiului, in stropii de ploaie sau in baltile de pe trotuare. Fie pentru ca vorbeste prea tare, fie pentru ca gesturile-i sunt taioase. Fata de pe al treilea scaun il priveste amuzata si uimita. Nu-mi dau seama de ce, poate ca barbatul se misca pe ritmul muzicii ce-i rasuna ei in casti. Barbatul cu telefonul coboara si el. Oare cu ce era imbracat?
Era tanar?
Probabil ca avea o varsta... doi copii acasa si o sotie ce-l asteapta in fiecare seara sa cineze impreuna, in timp ce el... el vorbeste la telefon...
Dezlipindu-mi ochii de geamul rece, ma uit in jur. Nu mai sunt multe persoane in tramvai-cand ploua, tramvaiele sunt goale- si cei care-au ramas, s-au intors sa recompuna imaginile abandonate mai devreme. Majoritatea, se pierd pe ei insisi printre picaturile de ploaie... sau in castile din urechi... Sau in ceata unui anotimp, mereu la fel de rece.
Numai mosuletul de pe locul din fata priveste pierdut apa care s-a strans pe jos –cand ploua, tramvaiele sunt murdare si triste- gandind poate la primavara lui, pierduta in toamna de afara.
O batrana, de mana cu nepotica, se pregateste sa coboare la prima. Fetita tremura. Imi dau seama ca e frig –cand ploua, tramvaiele sunt reci- si ma ghemuiesc mai bine pe scaunul meu. O aud pe bunica spunandu-i fetitei sa aiba grija cand coboara. "Intotdeauna trebuie sa ai grija cand cobori. Nu poti sti niciodata unde opreste tramvaiul... daca exista peron..."
Mereu trebuie sa fii atent cand cobori.
Incepe sa se intunece de-a binelea. Odata cu cerul se intuneca totul, ramanand doar bucati de trotuar luminate de felinare slabe. In umbra felinarelor, raman manerele umbrelelor prelungite de siluete aproape umane. Am mai ramas doar trei persoane. Mosuletul tresare brusc, ridica privirea si-mi zambeste bun. Se pregateste sa coboare si el, sa devina o alta prelungire a unei alte umbrele; sa-si caute primavara. Nu stie ca anotimpurile nu mai sunt...
Imi pun castile. Nu ascult muzica. Imi place sa ma pierd in noaptea de afara si in senzatia de urechi infundate. Vad ploaia lovind geamul . Am ramas doar eu si... si baiatul de pe scaunul de vis-a-vis. A urcat odata cu mine si nu face altceva decat sa citeasca si sa reciteasca ultimele doua pagini ale unei carti. Ce vrea sa retraiasca? Ce nu intelege? Ce carte e?
Poate o sa inteleaga pana la sfarsit...
Poate merge cu mine pana la capat.
Oricum nu stim niciodata unde opreste tramvaiul. Nici cand.
As vrea sa-mi amintesc culorile norilor...
[ -Puis-je te dire quelles sont les couleurs des nuages? Le cartable est sur le point de le vaincre, mais le petit garçon ne se laisse pas avoir. Il cherche d’un coup d'oeil sa maman, avec un sourire timide. Je ne sais pas quel est son nom, mais moi, je l’appellerai André. Probablement parce qu’il lui manque une dent.
- Puis-je te dire quelles sont les couleurs des nuages?
- Dis-les-moi ...
- Quand il pleut, les nuages sont gris. Voilà! Ils sont gris! Exactement comme ton manteau ! Tu as un manteau « en-nu-a-gé », maman! Et il rit pour cette petite blague que maman semble ne pas entendre. Elle sourit d’un air embarrassée. - Quand il neige, ils sont blancs et quand le ciel est ensoleillé, ils sont – André la regarde tout en souriant - jaunes!
- Ouais...
-Mais comment "Ouais" maman?, dit le garçon en faisant semblant d'être un peu désolé: Maman, tu n’écoutes rien à ce que je te dis...
La femme le regarde toute souriante, elle aussi. Elle ne sait pas ce que le garçon veut dire. André la regarde a s'amuser: "Serait-il possible que maman ne sache pas qu’il n’ y a pas de nuages quand le ciel est ensoleillé?"
Des gouttes d'eau frappent la vitre comme si elles voulaient fusionner avec celle-ci, mais la vitre, elle, ne les veut pas, et les gouttes d'eau coulent, en disparaissant toutes ruisselantes dans la même glace glacée.
- Voilà maman! Quel magasin joyeux!, dit l'enfant en lui montrant du doigt la boutique qui se trouvait dans l'arrêt du tram. La mère le tira vers la sortie et André lui dit quelque chose. Je ne sais pas ce qu'il dit, mais je crois qu'il lui demande de chercher un livre avec des nuages.
Je ne suis pas la seule à aimer André.
Il y a deux femmes derrière moi:
- Il est si joli. Il ressemble à... Les femmes descendent.
Par la même sortie que les femmes sont descendues, monte un homme, un violon à la main. Le tram se met en branle, l'homme se met à chanter et à jouer de son violon. Le tram grince, le son du violon couvre le grincement. C'est la même chanson. L'homme avec le violon monte chaque jour au même arrêt, chante la même chanson, en s’accompagnant de son violon, et descend. L'homme au violon a des larmes dans ses yeux quand il chante. Les voyageurs ne l’entendent pas trop ; il fait partie du paysage morne et quotidien, pareil à un objet dont on ne constate l’utilité qu’au moment où on ne l’a pas à sa portée. Qui aurait encore besoin d’un homme au violon dans cette cité ? L'homme au violon descend maintenant, dans cet instant précis que je le regarde.
Mais j’oublie vite sa figure. De toute façon, il reviendra demain.
L'écho du violon résonne encore. Jusqu'au moment où tous les regards se dirigent vers le milieu du tram, où se trouve l'homme avec ... le portable. Il efface les images que les voyageurs ont créées sur la vitre trempée, des gouttes d'eau qui flottent dans l’air ou des flaques d'eau qui gisent sur les trottoirs. Un petit frémissement parmi les voyageurs : soit que l’homme parle trop fort, soit qu'il a des gestes trop larges. La fille assise sur la troisième chaise le regarde, amusée. Je ne sais pas quelle en est la raison, peut-être que l'homme se meut sur la musique qu'elle écoute dans ses casques. L'homme avec le portable descend aussi.
De quoi était-il habillé ?
Est-ce qu’il était jeune ?
Je l’imagine d’un certain âge, de taille moyenne, deux enfants, une femme qui l’attend toujours au dîner, tandis que lui, il parle au téléphone …
Je détourne mes yeux de cette image et je regarde tour autour. Il n'y a plus personne. Quand il pleut, les trams sont vides - et ceux qui sont restés se sont retournés aux images qu'ils avaient abandonnées plus tôt. La majorité des voyageurs se sont eux-mêmes perdus entre les gouttes de pluie, ou dans la musique de leurs casques. Ou dans les brumes d’une saison toujours la même, anodine et innommable.
Seul un vieil homme assis sur la première chaise, regarde d’un air hébété l'eau qui s'est ramassée sur le plancher – quand il pleut, les trams sont sales et tristes - en pensant, peut-être, à son printemps perdu dans l'automne de la journée.
Une vieille dame avec sa petite-fille se préparent, les deux, à descendre. La petite-fille tremble et je me rends compte que j’ai froid, moi aussi, et je m'accroupis sur ma chaise. J'entends la femme dire à sa petite-fille de faire attention quand elle descend. Il faut toujours faire attention lorsqu’on descend. On ne sait jamais où exactement le tram arrêtera, ni s’il y aura un trottoir. Il faut faire attention.
Le ciel s'est vraiment assombri. Et avec le ciel, tout est devenu sombre. Il ne reste que des morceaux d'asphalte illuminés par de faibles réverbères . Dans les ombres ténébreuses déjà, on aperçoit des parapluies prolongés par des silhouettes quasi-humaines.
Trois personnes sont restées seulement. Le vieil homme sursaute, lève ses yeux et me sourit doucement. Il se prépare aussi à descendre, à se transformer dans une autre silhouette, à prolonger un autre parapluie, comme tous les autres, à chercher son printemps. Il ne sait pas encore que les saisons ont disparu.
Je mets mes casques. Je n'écoute pas la musique, mais j'aime m'égarer dans la nuit et dans la sensation d'oreilles obstrues. Je vois la pluie frapper la glace de la vitre. Je suis restée seule, moi, et … le garçon devant moi. Il était monté dans le même temps et il ne fait rien d’autre que de lire et relire les deux dernières pages d'un livre. C'est quoi, ce qu'il revit? C'est quoi ce qu'il n'entend pas? Quel est ce livre ?
Peut-être qu'il finira par l’entendre … à la fin...
Peut-être qu'il descendra avec moi, au dernier arrêt.
De toute façon, on ne sait jamais où arrêtera le tram. Ni quand.
J’aurais voulu me rappeler quelles sont les couleurs des nuages... ]
Niciun comentariu:
Trimiteți un comentariu